Coronavirus !

Lors de l’été 430 (429?) avant Jésus-Christ, la peste éclate à Athènes. Le mal inconnu gagne toute la ville en quelques jours. Les malades sont atteints de fièvre violente, leurs voies respiratoires s’enflamment. Ils toussent abominablement et souffrent d’une soif inextinguible. L’infection gagne ensuite tout leur corps, jusqu’à ce que mort s’ensuive. La médecine et la religion demeurent impuissantes et les Athéniens périssent par milliers. Les structures sociales et culturelles de la cité s’effondrent. Les lieux publics, agora, portiques et théâtres, sont désertés ; les institutions sont plongées dans le chaos ; les lois ne sont plus respectées. La peste s’efface un temps, revient en force en 429, disparaît, puis frappe une dernière fois à l’hiver 427-426. Elle laisse Athènes pantelante et ruinée. La cité ne s’en remettra jamais et cédera la prééminence à Sparte, sa grande rivale.

Historiens et médecins débattent toujours de la nature de cette mystérieuse peste. Vous saisissez immédiatement l’abîme scientifique séparant l’Athènes du Ve siècle de la Belgique du XXIe. En cette année 2020, alors que nous sommes aux prises avec une nouvelle peste (au sens général de maladie infectieuse contagieuse, endémique et épidémique), il nous reste cette consolation : le virus est identifié, cartographié, étudié. Nous connaissons le mal que nous affrontons. Nous luttons dans une lumière médicale et non dans des ténèbres antiques.

Par ailleurs, nos institutions tiennent bon et le contrat social perdure. Seul point commun, mais qui hélas, en tant que compagnie de théâtre amateur, nous concerne au premier chef : l’interruption de la vie culturelle et sociale. Un mal pour un mieux, une souffrance malgré tout. Nos premières pensées vont donc à tous nos confrères et amis du théâtre amateur, dont les représentations et les répétitions ont été interrompues, voire annulées. Nous demeurons de cœur avec eux. Nous espérons que leurs efforts et investissements seront récompensés une fois l’épidémie terminée et qu’ils remonteront sur scène avec l’esprit indompté qui est le leur.

Nous pensons également au Centre culturel Bruegel, notre port d’attache, qui a fermé ses portes. Nous adressons nos plus sincères amitiés à tous ses employés et sommes convaincus qu’ils poursuivront, quand tout sera fini, leur belle mission de culture et de divertissement avec leur talent caractérisé. Nous pensons enfin à tous les artistes, acteurs, comédiens, chanteurs, musiciens, metteurs en scène, scénographes, réalisateurs, etc., qui sont réduits à l’inactivité. À tous les théâtres, centres culturels, musées, cinémas, salles de concert, etc., qui ont fermé leurs portes. Nous leur demeurerons fidèles et les retrouverons, le pire passé.

De notre côté, à L’Étincelle, nous respectons les consignes. Nous avons annulé nos réunions du Bureau et du comité de réorganisation. Nous demeurons en contact étroit et poursuivons notre travail. Après concertation, nous avons décidé d’également suspendre les répétitions de notre quatrième et dernière pièce pour cette saison 2019-2020. Nous remercions vivement nos comédiens, Tatiana Degimbe, Danaëlle Drehsen, Arlette Jossart, Bernard Favart, Francis Gilain et Claude Suritz, ainsi que son metteur en scène, Sebastian Vanderick, de poursuivre leurs efforts individuellement, chez eux.

Nous gardions l’espoir de les retrouver, au Bruegel, du 24 avril au 2 mai prochain. Cependant, nous devons maintenant, vu les circonstances, renoncer à programmer Les cabots magnifiques

Nous conservons toutefois le sourire, l’humour et notre appétence pour le théâtre. 

Nous vous adressons à tous nos plus sincères amitiés et vous souhaitons la meilleure santé possible. Prenez bien soin de vous et soyez prudents. À très bientôt !

Naïm Heraghi